Le premier week-end d'octobre, j'ai croisé plus de chamois que de randonneurs sur la crête du Roc des Bœufs. Vingt-trois bêtes, deux humains. Le massif des Bauges, à cette période, se vide — et c'est précisément pour ça qu'il faut y aller maintenant. Les foules de juillet sont parties, les remontées de la Savoie tournent au ralenti, et les hêtraies commencent leur numéro de funambules.
Mais randonner dans le massif des Bauges en automne ne s'improvise pas. J'ai fait l'erreur, la première fois, de partir en t-shirt à 9 h au col de Plainpalais, pour finir en hypothermie légère à 15 h sous une pluie fine que personne n'avait annoncée. Depuis, j'ai appris à lire ce massif comme un calendrier vivant : chaque étage d'altitude a sa semaine de couleurs, et rater la bonne fenêtre de dix jours, c'est randonner dans du brun.
Points clés à retenir
- Le pic de couleurs se joue entre mi-octobre et début novembre, avec un décalage d'environ deux semaines entre les forêts de 900 m et les crêtes à 1 600 m.
- Privilégiez les versants exposés sud : lumière dorée le matin, sentiers secs l'après-midi.
- Les journées perdent près de trois minutes de lumière par jour en octobre — une boucle de 5 h devient une course contre le crépuscule.
- Le GRP Tour des Bauges (83 km) reste faisable sur 3 à 4 jours, mais les refuges ferment progressivement dès la mi-octobre.
- Équipez-vous pour trois saisons dans la même journée : gel le matin, 18 °C à midi, vent glacé sur les crêtes.
Quand partir pour voir les Bauges flamber ?
La question qu'on me pose le plus souvent quand je parle de ce massif : « c'est quand, exactement, le bon moment ? ». Réponse honnête : ça dépend de l'altitude à laquelle vous comptez marcher, et de l'année.
Le calendrier réaliste du feuillage, étage par étage
Sur mes carnets des sept dernières saisons, la séquence se répète avec une régularité étonnante :
- Fin septembre – début octobre : les hêtraies et frênes entre 700 et 1 000 m commencent à virer. Jaune pâle, puis or.
- 10-25 octobre : le cœur du spectacle. Les forêts de 900 à 1 400 m atteignent leur maximum. C'est la fenêtre à ne pas rater.
- Fin octobre – mi-novembre : les mélèzes des secteurs élevés (au-dessus de 1 500 m) passent au cuivre. Moins spectaculaire que dans les Alpes internes, mais superbe sur les ubacs.
- Après le 15 novembre : souvent trop tard. Les feuilles sont tombées, les premières neiges arrivent, les sentiers deviennent traîtres.
Variabilité interannuelle : j'ai vu un pic à la mi-octobre 2022 et un pic décalé au 28 octobre l'année suivante, à cause d'un été sec. Comptez ±10 jours. Si vous ne pouvez poser qu'une seule semaine de congés, visez la troisième semaine d'octobre. C'est le pari le plus sûr, statistiquement.
Pourquoi septembre est souvent une fausse bonne idée
Septembre reste chaud, sec, agréable. Mais les arbres sont encore verts sur 80 % du massif. J'ai fait le Roc des Bœufs un 20 septembre : paysages superbes, mais aucune couleur. Rien. Le vrai feuillage démarre après les premières nuits fraîches — sous les 5 °C. Si l'arrière-saison est douce, tout est décalé.
Quelles randonnées choisir en automne dans les Bauges ?
Il y a une erreur classique : reprendre les itinéraires d'été et les refaire tels quels. Or l'automne change les règles. Les ubacs restent humides, les journées raccourcissent, et la lumière rasante transforme certains versants en pièges (contre-jour permanent, sentiers invisibles).
Trois boucles que je refais chaque automne
1. Le Roc des Bœufs depuis le col de Plainpalais (2 h 30, 350 m de D+)
Le meilleur rapport effort/spectacle du massif. Départ à 1 163 m, montée régulière, crête finale avec vue sur le mont Blanc par temps clair. Versant sud-ouest : lumière de fin d'après-midi exceptionnelle en octobre. Idéal pour une demi-journée.
2. Le tour du lac d'Aillon-Margeriaz (2 h, 200 m de D+)
Boucle familiale par excellence. Le lac à 869 m, entouré de hêtres qui virent à l'or. Faisable avec des enfants dès 6-7 ans. J'y ai emmené ma nièce de 8 ans en octobre dernier : trois heures avec les pauses, zéro plainte. À noter : la petite auberge au bord du lac ferme souvent fin octobre, vérifiez avant de partir.
3. La Pointe de la Galoppaz depuis les Déserts (3 h 30, 700 m de D+)
Plus exigeante, mais on marche souvent seul. Sentier bien tracé côté sud, vue continue sur la chaîne de Belledonne. Le sommet à 1 681 m peut être dans les nuages — prévoyez une couche supplémentaire.
Comment éviter les ubacs boueux et les mauvaises surprises
Règle simple : après une pluie d'automne, les versants nord mettent 2 à 3 jours à sécher en forêt, contre une demi-journée côté sud. Sur les sentiers en sous-bois, la boue devient glissante et les racines traîtresses. Deux options : soit vous décalez votre sortie d'un jour, soit vous privilégiez les boucles en versant sud (Plainpalais, Margeriaz, la Galoppaz).
Les névés précoces, dès la mi-novembre, apparaissent au-dessus de 1 800 m. Le GRP Tour des Bauges, lui, reste globalement praticable jusqu'à fin octobre, mais les passages exposés (col de Lachat, descente sur Bellecombe) demandent de l'attention.
| Randonnée | Durée | Dénivelé | Public | Fenêtre automnale idéale |
|---|---|---|---|---|
| Roc des Bœufs (Plainpalais) | 2 h 30 | 350 m | Randonneur occasionnel | Mi-octobre |
| Lac d'Aillon-Margeriaz | 2 h | 200 m | Famille avec enfants | 10-25 octobre |
| Pointe de la Galoppaz | 3 h 30 | 700 m | Randonneur régulier | Fin octobre |
| GRP Tour des Bauges (portion) | 3 à 4 jours | 1 200 m cumulés/jour | Randonneur aguerri | Début octobre (avant fermetures refuges) |
Une randonnée facile dans les Bauges, c'est quoi concrètement ?
« Facile » dans les Bauges, ça veut dire quoi ? Le massif est de moyenne montagne — point culminant le mont Arcalod à 2 217 m — donc rien de technique. Mais tous les sentiers ne se valent pas.
Trois critères qui comptent vraiment
Pour moi, une rando est « facile » si : le dénivelé total reste sous 400 m, la durée effective sous 3 h, et le sentier est identifiable même sous les feuilles mortes. Ce dernier point est crucial en automne — certains sentiers non balisés disparaissent littéralement sous un tapis de hêtres. J'ai perdu 40 minutes une fois dans le bois de la Verne à cause de ça.
Petite balade dans les Bauges avec des enfants
Le tour du lac d'Aillon-Margeriaz reste la valeur sûre. Alternative sympa : le sentier des cascades du Hérisson côté Chéran, court, ombragé, avec des passages sur passerelles. Un enfant de 5-6 ans peut le faire en 1 h 30 avec des pauses. Le Chéran est une rivière classe 1 pour la truite, donc si vous croisez un pêcheur en waders, c'est normal.
Deux conseils issus de l'expérience : partez le matin (les feuilles mouillées de rosée sont glissantes, mais le sol est plus stable qu'après le dégel de midi), et emportez des changes pour les enfants — ils finissent toujours dans une flaque.
Randonner dans les Bauges en hiver : jusqu'où peut-on aller ?
Question souvent posée à la suite : et si je viens en décembre-février ? Le massif change de nature. Entre la mi-novembre et la mi-avril, la haute randonnée devient de l'alpinisme léger. Les crêtes du Roc des Bœufs ou de la Galoppaz sont régulièrement enneigées, et les sentiers exposés nord demandent crampons et piolet.
Ce qui reste praticable : les boucles basses, sous 1 000 m. Le tour du lac d'Aillon-Margeriaz, le sentier du Chéran, les balades autour des villages (École, Jarsy, Arith, Bellecombe-en-Bauges). Neige souvent présente mais sans difficulté. Attention aux journées courtes : en décembre, il fait nuit à 17 h, donc comptez 4 h maximum de marche utile.
Une erreur à éviter : se fier à une appli de rando qui affiche l'itinéraire d'été. L'enneigement change les pentes, les congères bloquent les passages, et un sentier balisé en jaune sous 20 cm de neige ne l'est plus. Consultez les conditions locales (office de tourisme du massif ou gîtes) avant de partir.
Trois jours dans les Bauges : quel itinéraire ?
Le GRP Tour des Bauges est le classique. 83 km, environ 4 200 m de dénivelé positif cumulé, normalement 4 à 6 jours. Sur trois jours seulement, il faut choisir une portion — et renoncer au reste.
La portion que je recommande fin septembre début octobre
Le tronçon nord, des Déserts à Bellecombe-en-Bauges via la Pointe de la Galoppaz et le col de Lachat. Environ 32 km, 1 800 m de D+ cumulé. Trois jours confortables, avec nuit en gîte ou refuge (réservez tôt, plusieurs ferment après le 15 octobre).
Le point d'orgue : le passage du col de Lachat au petit matin, quand la brume s'accroche aux sapins et que le soleil rasant éclaire les falaises du mont Julio. J'ai dormi au refuge de la Verne il y a deux ans — ambiance feutrée, soupe maison, six randonneurs. C'est ce qui reste quand on parle « d'automne dans les Bauges » : pas les photos Instagram, ces moments-là.
Logistique concret
- Voiture indispensable (aucune desserte en transport en commun sur ces tronçons).
- Réservez les gîtes 3 semaines à l'avance minimum en octobre.
- Prévoyez une carte IGN 1:25 000 (massif des Bauges, référence 3432 OT pour le secteur).
- Emportez un réchaud : certains refuges ne servent plus de dîner hors saison.
Le statut UNESCO change-t-il quelque chose à la randonnée ?
Le massif est Parc Naturel Régional et Géoparc mondial UNESCO. Concrètement, ça ne bloque rien : les sentiers restent ouverts, la cueillette de champignons (gros sujet d'automne dans les Bauges — je n'en dirai pas plus, la concurrence est déjà rude) reste autorisée dans le cadre réglementaire habituel.
Ce que ça change : une meilleure signalétique sur les boucles principales, des agents du parc présents sur les sentiers aux périodes sensibles (rut du cerf en septembre, mise bas des chamois au printemps), et une attention accrue aux déchets et au bivouac. Le bivouac reste toléré près des refuges, plus restrictif en zone protégée. Renseignez-vous avant de planter la tente.
Une chose que j'ai remarquée : depuis le classement UNESCO, certaines boucles autour du Chéran sont plus fréquentées en été, mais l'automne reste étonnamment calme. C'est peut-être le vrai luxe du massif à cette saison.
Le vrai conseil que je vous laisse, après sept automnes passés à arpenter ces crêtes : ne cherchez pas la « plus belle randonnée ». Cherchez la bonne semaine. Une boucle modeste au bon moment vaut trois sommets ratés. Et si vous croisez vingt chamois et deux humains sur une crête, comme ce premier week-end d'octobre, ne vous étonnez pas — c'est juste le massif qui fait le vide autour de vous, exprès.